Observateur, acteur et pédagogue de la vie politique, Patrick Palisson est, depuis longtemps, un citoyen engagé. Notamment dans la défense et la promotion de l'école de la république, des droits de l'enfant et de l'égalité entre les femmes et les hommes. Il est membre du Parti socialiste français et du Parti socialiste européen.
L'actualité est marquée par des sujets qui semblent se télescoper : baisse du pouvoir d'achat, difficulté d'accès au crédit, montée du chômage, travail le dimanche, télévision avec et sans publicité... Mais, à y regarder de près, cette concomitance n'est pas due au hasard.
Disons les choses clairement. Ce n'est pas dans une société de consommation que nous vivons, mais dans une société de production. Pour faire fructifier les capitaux investis, il faut produire toujours davantage et pour garantir les meilleurs rendements, s'assurer d'avoir des travailleurs et des consommateurs zélés et dociles.
Pour y parvenir, notre société de production a mis au point un système infaillible, à partir de quatre leviers : Entretenir un niveau élevé de chômage, associé à des minima sociaux très bas. Organiser des médias de masse à même de façonner les comportements des individus. Développer l'envie d'acheter par une publicité omniprésente, à laquelle est consacrée une part importante du produit intérieur brut. Faire prospérer le crédit à la consommation qui attache irrémédiablement le salarié aux rendez-vous implacables et toujours renouvelés des mensualités.
Ainsi en est-il du carré magique de la société de production : hantise du chômage, conditionnement médiatique, stimulation par la publicité, dépendance au crédit. Un carré magique qui peut ensorceler tout un chacun à un point tel qu'il devient très difficile de s'en déprendre.
Nous croyons travailler pour consommer davantage, mais nous le faisons pour produire plus. La part de rémunération dévolue aux actionnaires progresse au détriment de celle qui rétribue les employés. La part de la richesse nationale réservée au bon fonctionnement de services publics qui peuvent profiter à tous diminue, au bénéfice de celle que s'octroie un secteur économique marchand accessible à ceux qui en ont les moyens. Quant aux indemnités de substitution ou aux allocations de compensation, elles sont bien en-dessous des nécessités vitales et ne s'améliorent surtout pas.
Le carré magique de la société de production est, pour la très grande majorité de la population, un véritable cercle vicieux dont il faudra bien qu'elle prenne, un jour, l'initiative de sortir, collectivement et pour de bon. Faut-il préciser que le plus tôt serait le mieux ?