Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Observateur, acteur et pédagogue de la vie politique, Patrick Palisson est, depuis longtemps, un citoyen engagé. Notamment dans la défense et la promotion de l'école de la république, des droits de l'enfant et de l'égalité entre les femmes et les hommes. Il est membre du Parti socialiste français et du Parti socialiste européen.

Publicité

Élections régionales : L'abstention comme un déni de démocratie.


Plus de la moitié des électeurs français ont décidé, ce dimanche, de laisser à d'autres le soin de choisir pour eux les nouveaux conseillers de leurs régions. En revanche, près de vingt millions de votants ont considéré, ce même dimanche, que les scrutins sont opportuns, la politique utile, la démocratie nécessaire et pris la responsabilité du choix en assumant leurs convictions. Leurs voix donnent sa signification, son orientation et sa légitimité à ce premier tour d'élection.

Pour autant, l'abstention électorale dans notre république est bien trop forte et n'est pas une fatalité. Elle interroge les raisons qui font que les uns prennent le chemin des urnes et les autres pas. Ni l'âge, ni la condition sociale, ni la situation économique, ni le lieu d'habitation, ni le statut familial ne tracent, de façon tranchée, la ligne de partage. D'ailleurs cette ligne varie sensiblement d'un scrutin à l'autre.

L'agacement, l'inquiétude ou la révolte que provoquent, chez beaucoup d'électeurs, les difficultés de la vie quotidienne, un sentiment d'injustice sociale ou une insatisfaction de l'action politique, ont pour conséquence de pousser certains jusqu'aux urnes pour pouvoir le dire et, tout au contraire, d'en éloigner d'autres par découragement. Au point de les faire douter de l'intérêt du suffrage.

Les abstentionnistes tourneraient-ils le dos à la démocratie ? La bonne question ne serait-elle pas plutôt de savoir d'où les électeurs tiennent-ils leur information et leur culture politiques ? Essayons d'y répondre :

- Des médias, d'abord - journaux, radios ou télévisions - qui représentent la principale sinon l'unique source d'information politique des électeurs. Force est de constater que, dans la plupart des masse-médias et dans l'essentiel de leurs contributions, la politique y est malencontreusement traitée à la manière des pages sportives, de la rubrique des faits-divers ou des reportages people. A rebours des nécessités d'une juste perception et d'une bonne compréhension du rôle et du fonctionnement des institutions et des véritables enjeux de société.

- De l'école, ensuite, ou chaque futur citoyen s'instruit. Mais si les écoliers, les collégiens, les lycéens peuvent s'initier aux sciences, aux langues, à l'histoire, à la géographie, à la philosophie, voire aux arts, la politique reste encore pour eux une matière inaccessible, à peine effleurée, de manière édulcorée, par une instruction civique marginalisée dans leurs emplois du temps. Quant aux étudiants, seuls ceux qui en font leur option ont accès à une formation en politique dans le cadre de leur cursus.

- De l'éducation, également, qu'ils auront pu recevoir de leurs parents mais dont on sait bien qu'ils sont eux-mêmes d'anciens usagers de l'école et d'habituels consommateurs des médias.

- De l'action pédagogique des partis politiques, enfin, tributaire cependant de leurs moyens militants et matériels, des relais médiatiques, de la capacité des électeurs d'aujourd'hui à joindre les sites internet pertinents ou de la possibilité pour les documents électoraux d'arriver jusqu'aux boîtes aux lettres et de ne pas s'y perdre dans la liasse publicitaire quasi quotidienne.

Pour être complet, on pourrait aussi évoquer les rayons spécialisés des bibliothèques municipales et les programmes culturels dédiés, de conférences, d'expositions ou de films, qui sont, les uns comme les autres, trop modestement pourvus, insuffisamment promus et bien peu fréquentés.

Pour moderne qu'elle soit, la société française produit, sans le vouloir vraiment, les germes infectieux et résistants d'un déni de démocratie, préjudiciable au pacte républicain. L'abstention électorale est à la fois le thermomètre et la fièvre. S'employer à faire le bon diagnostic pourrait permettre de concocter les remèdes.


Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :