Observateur, acteur et pédagogue de la vie politique, Patrick Palisson est, depuis longtemps, un citoyen engagé. Notamment dans la défense et la promotion de l'école de la république, des droits de l'enfant et de l'égalité entre les femmes et les hommes. Il est membre du Parti socialiste français et du Parti socialiste européen.
Très majoritairement, les Français, dans la rue, dans les sondages ou dans leurs conversations quotidiennes, disent leur mécontentement des décisions prises par le gouvernement de leur pays, depuis un certain temps déjà. Agacé par une crise économique persistante, autant que par la situation d'injustice sociale qui la précédait, choqué par le dénie ou l'outrance de leurs dirigeants nationaux, alerté par un discours idéologique affirmé qui révèle les intentions d'un pouvoir arbitraire, le peuple français n'est plus dupe de rien.
Bien convaincus de la nécessité d'un changement de politique pour la France, comme pour l'Europe et, sans doute, pour le reste du monde, mais désemparés par la complexité des défis à relever au point de douter de la faisabilité de l'exercice, beaucoup de nos concitoyens en sont venus à se rebiffer plus ou moins ostensiblement sans pour autant s'autoriser à rêver d'un monde meilleur. Se faire à l'idée qu'une alternance politique est non seulement possible mais porteuse d'une alternative véritable n'est pas tellement dans l'air du temps : trop d'inquiétudes au présent, trop de désillusions dans le passé, trop d'appréhensions pour le futur.
Mais demain, en 2012 ? certains se figureront que le changement doit se faire à droite, dans la continuité ou la rupture, habités par des préjugés qui ont la vie dure. D'autres vont vouloir se sortir d'affaire par le sacrifice de boucs émissaires, dans une tradition obscurantiste toujours renouvelée. D'autres encore vont, une fois de plus, se persuader vainement que l'extrême radicalité pourrait devenir contagieuse.
La gauche, embarrassée, depuis près de dix ans, par ses controverses ou ses compétitions, est maintenant au pied du mur. Son projet pour la France n'aura des chances de convaincre une majorité d'électeurs d'aller jusqu'aux urnes et de voter pour elle que si il est concret, précis, pragmatique, planifié, évalué et guidé par l'intérêt général. Ceux-là n'attendent d'une nouvelle donne politique rien d'autre qu'une amélioration de leur vie quotidienne, à tous points de vue, et éventuellement de celle des plus modestes qu'eux.
Les leaders de la gauche - et ses militants - devront démontrer à leurs compatriotes que la défense des droits et des libertés, que l'aspiration à la justice sociale et à l'égalité réelle peuvent y contribuer. Car ce sera là une des principales lignes de clivage avec la droite. Mais, pour indispensable qu'elle soit, la démarche ne sera pas aisée. Il faudra en effet, à la fois, dissiper les rideaux de fumée démagogiques des conservateurs et des libéraux, experts en la matière, éviter une surenchère tout aussi démagogique au sein du camp des progressistes, coutumiers du fait, et articuler ces revendications politiques à leurs traductions dans la réalité sociale, économique, environnementale et culturelle des Français.
Mais le plus difficile à faire, pour les leaders et les militants de la gauche, ce sera de savoir se serrer les coudes. Et pas seulement dans les manifestations contre le gouvernement.