Observateur, acteur et pédagogue de la vie politique, Patrick Palisson est, depuis longtemps, un citoyen engagé. Notamment dans la défense et la promotion de l'école de la république, des droits de l'enfant et de l'égalité entre les femmes et les hommes. Il est membre du Parti socialiste français et du Parti socialiste européen.
Et si l'humanité n'était plus qu'une seule civilisation ? Une civilisation dans laquelle se côtoieraient des communautés, des peuples et des nations qu'une histoire, somme toute collective, a fini par réunir et que rassemblent dorénavant les limites géographiques indépassables d'une niche écologique - la Terre - où chaque catastrophe, chaque conflit ou chaque découverte à un point du globe peut avoir un effet considérable ailleurs. Un réseau de communications téléphoniques et audiovisuelles relie quasiment chaque occupant de la planète à tous les autres. Nombre de caméras, de micros, de claviers racontent, au jour le jour, le monde dans sa totalité et sa diversité, avec des images, des sons et des textes que tout humain peut tenter de saisir et de comprendre en se connectant, où qu'il soit, à la Toile. Et le faisceau des liaisons aériennes, maritimes et terrestres montre son extrême densité sur la carte planétaire.
Si la lente et inexorable dérive des continents reste une constante physique, notre monde est pour autant composé aujourd'hui de régions politiques dont les périmètres peuvent varier mais dont les relations de toutes sortes ne cessent de se multiplier en se complexifiant. La circulation des informations et des marchandises mais aussi celle des individus, fût-elle contrainte, s'intensifient à la surface de la planète en s'accélérant toujours davantage. Et avec elles la propagation des connaissances et des idées dont les plus émancipatrices d'entre elles sont inévitablement les plus contagieuses, les plus déstabilisantes, mais aussi les plus prometteuses. Il n'y a pas un seul pays où plus ou moins de ses habitants ne prononcent les mots de liberté, d'égalité et de fraternité avec conviction.
Coexister pacifiquement, échanger productions et inventions, collecter et distribuer les ressources naturelles tout en les ménageant ou les renouvelant, rechercher en permanence les conditions d'un savoir et d'une prospérité partagés, ne sont-ce pas les aspirations communes de cette civilisation in progress, quand bien même droits de l'homme, droits des femmes, droits de l'enfant et droits du citoyen sont partout des objectifs encore à atteindre et peu ou prou éloignés selon les états et selon les moments ? Les engouements universels, qu'ils soient passagers ou durables, pour des oeuvres artistiques, majeures ou mineures, du passé ou d'aujourd'hui, n'expriment-ils pas, à leur façon, peut-être la plus pertinente, que la civilisation humaine est une, en ce début de siècle ? Et l'assertion scientifique n'a-t-elle pas le même accent de vérité dans quelque langue qu'elle soit énoncée ?
Cent-quatre-vingt-treize gouvernements, aux régimes très différents, sont amenés, bon gré mal gré, à chercher ensemble les conditions et les moyens de vivre dans le même monde, que ce soit sur le plan du commerce, du travail, de la santé, de l'environnement, de l'éducation, de la recherche, de l'économie, de la diplomatie, de la justice... Le défi est immense, la marche est souvent ralentie et la volonté parfois hésitante. Mais les institutions existent et des rendez-vous sont régulièrement programmés. Les consensus, difficiles et compliqués sans doute, finissent par devenir plus nombreux que les fractures ou les renoncements. Et il arrive de plus en plus souvent que la raison prenne le pas sur les préjugés ou les traditions. Cette ambition collective ne dit-elle pas, là-aussi, le désir de faire, au bout du compte, civilisation commune ?