Observateur, acteur et pédagogue de la vie politique, Patrick Palisson est, depuis longtemps, un citoyen engagé. Notamment dans la défense et la promotion de l'école de la république, des droits de l'enfant et de l'égalité entre les femmes et les hommes. Il est membre du Parti socialiste français et du Parti socialiste européen.
Marine Le Pen a été la seule candidate à dire que, quoi qu'il arrive, elle ne choisirait pas entre les deux finalistes de l'élection présidentielle. Est-ce la raison de son succès en nombre de voix au premier tour du scrutin ? Davantage, en tout cas, que ses propositions isolationnistes et discriminatoires ? On peut penser, sans trop se tromper, que ses électeurs ont du mal à se retrouver dans les desseins politiques que leur offrent le champion du néo-libéralisme ou celui de la social-démocratie, le républicain arrogant et sentencieux ou le républicain scrupuleux et humaniste. Comme si, justement, les électeurs du Front national s'estimaient eux-mêmes exclus de la république.
Ce n'est pas tant la présence de voisins ou de collègues d'origines étrangères, transformés en boucs-émissaires par des discours cyniques et manipulateurs récurrents, qui indisposent nos concitoyens tentés par le suffrage d'extrême-droite, que l'absence de res publica là où ils vivent. L'État, dont l'équité et la protection devraient s'appliquer à tous et partout, assume de moins en moins sa mission. Dans bien des banlieues, des territoires ruraux ou des petites villes de province, les services publics d'éducation, de santé, de sécurité, d'entretien, de transports, d'information, d'action sociale ou culturelle sont devenus insuffisants quand ils ne sont pas absents, au point d'empoisonner en permanence l'existence de leurs habitants, de dégrader leur cadre de vie et leur pouvoir d'achat, d'entraver leurs velléités de projets, de corrompre leurs relations avec leur entourage.
Là où les actifs, en emploi ou pas, là où les jeunes poursuivant des études ou cherchant à entrer dans la vie active, là où les retraités, usés par le travail ou fragilisés par l'âge, disposent de revenus qui ne permettent plus de vivre décemment ou doivent se contenter de logements inconfortables, là où les collectivités locales sont à la peine parce que leurs moyens diminuent quand leurs charges ne cessent de s'alourdir, l'agacement de certains électeurs peut être compréhensible et l'aveuglement de leur colère déchiffrable.
Une école qui parvient de moins en moins à accueillir, à accompagner, à faire réussir les enfants, des entreprises et des administrations qui débauchent davantage qu'elles n'embauchent, des services d'aide à l'emploi, à la formation professionnelle ou à l'insertion sociale qui sont débordés et impuissants, pendant que les contribuables, les cadres et les actionnaires les plus aisés du pays se voient augmenter leurs rémunérations ou leurs exonérations, finissent de déboussoler et de désespérer des millions de nos compatriotes. Dans ce contexte, les partis de gouvernement et leurs représentants ne leur inspirent aucune confiance, tant les déceptions accumulées les ont rendu méfiants et pessimistes, désorientés et excessifs.
Sans être sûr de convaincre facilement les électeurs de Madame Le Pen, il n'y a pas d'autre réponse à leur faire, d'ici le second tour du scrutin présidentiel, que de leur promettre, démonstration à l'appui, que la France de demain va restaurer son pacte républicain, traduire dans les faits les principes de liberté, d'égalité et de fraternité. Que la solidarité nationale, la justice sociale, l'action publique, l'investissement de l'État, l'initiative politique redeviendront les voies de la recherche d'un progrès économique soutenable et profitable à tous, sans lequel droits et démocratie sont vains. Et que point ne sera besoin pour cela de barricader le pays ni de rejeter ou stigmatiser qui que ce soit, bien au contraire.