Observateur, acteur et pédagogue de la vie politique, Patrick Palisson est, depuis longtemps, un citoyen engagé. Notamment dans la défense et la promotion de l'école de la république, des droits de l'enfant et de l'égalité entre les femmes et les hommes. Il est membre du Parti socialiste français et du Parti socialiste européen.
C'était il y a quelques années. C'était à Lisbonne, déjà. Les chefs d'état et de gouvernement de l'union européenne décidaient d'engager leurs pays dans «l'économie de la connaissance».
Pour le dire vite, l'idée de ces dirigeants était d'accélérer le développement de la recherche, de l'innovation, de l'enseignement et d'élever ainsi le nombre et le niveau des diplômés et des emplois. Avec l'objectif que, grâce à une haute productivité des salariés et des investissements, leurs économies nationales puissent rivaliser avec les économies des pays émergeant à fort taux de croissance et à bas coût de main d'oeuvre.
Il semblerait que, depuis le début, la stratégie peine à réussir. Mieux diplômé, ça veut dire plus compétent, plus érudit, davantage pétri de connaissances. Mais qui, aujourd'hui, désire être plus savant, plus cultivé ? Où, hormis à l'école, trouve-t-on des occasions sinon des tentations d'enrichissement intellectuel ?
On ne le sait que trop, les industries culturelles ont accaparé et commercialisé la plupart des vecteurs de la culture : l'édition, le cinéma, l'audiovisuel, internet, la presse, le spectacle... Et, à de rares exceptions près, bien plus rares encore qu'on n'ose se l'avouer, elles ne procurent pas d'ouvertures convenables à la connaissance. Seuls, les pouvoirs publics, s'ils ne se fourvoient pas, peuvent être en mesure de relever le défi culturel.
Quoi qu'elles fassent, les collectivités publiques n'auront jamais les moyens de concurrencer les industriels de la culture et des loisirs sur le terrain du divertissement et de la distraction. Tant mieux car, pour le coup, elles seront beaucoup plus à leur affaire dans le registre de l'accès de leurs populations à la culture. Ce qu'il est convenu d'appeler, fort justement, la démocratisation culturelle.
Démocratiser la culture, c'est organiser l'accès de tous, jeunes et moins jeunes, à la littérature, aux arts, aux sciences, aux techniques, à la philosophie, à la poésie, à la politique, à l'économie... Et aux plaisirs de la découverte et du savoir qui vont avec.
Déjà investie dans la valorisation des oeuvres (conservation), leur production (création) ou leur diffusion (programmation), la puissance publique doit maintenant se préoccuper de leur médiation. C'est-à-dire d'établir le contact et l'échange entre les oeuvres, toutes les oeuvres, et les publics, tous les publics. Il s'agit là d'un chantier dont la nécessité, l'ampleur, la difficulté et l'urgence sont d'autant plus aigus qu'il ne peut être conduit, à l'évidence, qu'au niveau local.
Mais a-t-on vraiment le choix ? Vouloir connaître, comprendre, savoir, apprécier, savourer ce que la réflexion, l'imagination et l'expérience des hommes produisent de plus intéressant doit devenir - ou redevenir - un engouement populaire, un fait de société. C'est parce que se généralisera une culture de la connaissance que nos concitoyens auront envie de se mobiliser pour une économie de la connaissance.