Observateur, acteur et pédagogue de la vie politique, Patrick Palisson est, depuis longtemps, un citoyen engagé. Notamment dans la défense et la promotion de l'école de la république, des droits de l'enfant et de l'égalité entre les femmes et les hommes. Il est membre du Parti socialiste français et du Parti socialiste européen.
Avoir à mesurer la pénibilité du travail de ses employés, c'est reconnaître qu'on est susceptible de distribuer à certains d'entre eux, plus ou moins nombreux, des tâches éprouvantes, voire aliénantes. C'est se rappeler, par la même occasion, qu'à ceux-là, comme du reste à beaucoup d'autres, on attribue des rémunérations souvent très modestes. Et qu'on fait tout cela pour tirer le meilleur revenu possible de son entreprise, sinon pour passer sous les fourches caudines des exigences de rentabilité d'une maison mère, d'un commanditaire, d'actionnaires, de prêteurs ou d'une concurrence féroce à laquelle on participe soi-même.
C'est aussi s'apercevoir qu'il y aurait besoin d'améliorer les conditions de travail et la productivité de son activité, sans doute la qualité de son management, probablement la formation de ses salariés en leur en donnant le temps, qu'il faudrait se décider à innover en y consacrant une part de ses bénéfices, à se rapprocher peut-être d'autres entreprises que l'on toisait jusque là de haut, à se remettre soi-même en question.
En somme, la loi sur le compte pénibilité a trois vertus. La première, bien sûr, c'est de faire profiter un peu plus tôt de la retraite et d'un repos d'autant plus mérité, celles et ceux que la vie professionnelle a abîmés davantage que la majorité des actifs. La seconde c'est amener à repenser régulièrement dans les établissements, poste par poste, fonction par fonction, leurs conditions d'exercice, éventuellement leur remplacement par d'autres processus de production. La troisième vertu du compte pénibilité est pédagogique et citoyenne : redire à qui s'autorise à donner du travail à d'autres, sa mission d'employeur, d'entrepreneur, d'investisseur et d'acteur social autant que économique.