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Observateur, acteur et pédagogue de la vie politique, Patrick Palisson est, depuis longtemps, un citoyen engagé. Notamment dans la défense et la promotion de l'école de la république, des droits de l'enfant et de l'égalité entre les femmes et les hommes. Il est membre du Parti socialiste français et du Parti socialiste européen.

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Elections européennes : Mortel, donc vivant.


Les avant-dernières élections, municipales et cantonales, avaient été excellentes pour le parti socialiste français. Les élections européennes sont, en revanche, mauvaises pour lui, comme pour la quasi totalité de ses confrères dans l'union européenne. Analysons, point par point.


1. Les électeurs de sensibilité socialiste sont peu aller voter. Certains d'entre eux ont préféré le vote écologiste. Les jeunes, les classes populaires se sont majoritairement abstenus. Les classes moyennes, quand elles n'ont pas voté à droite, ont, cette fois-ci, davantage préféré les verts à la rose.

2. A quelques semaines du jour du scrutin, Europe Écologie espérait atteindre la barre des 10 %, le PS rêvait d'un 23 % éloigné. Le total de 33 %, les deux l'ont fait, mais dans une toute autre répartition, à seize et demi chacun. Comme si leurs électeurs avaient voulu placer sur un pied d'égalité la crise sociale et la crise écologique. Une telle approche est d'ailleurs revendiquée par les Socialistes européens...

3. Au parlement européen, l'UMP envoie 29 députés et le MoDem, 6. A gauche, PS, Europe Écologie et Front de Gauche y délèguent 33 députés, respectivement 14, 14 et 5.

4. Dans le parlement européen, le poids du PPE (267 députés) où se retrouve l'UMP, ne progresse pas. Les libéraux (81), où se niche le MoDem, non plus. Le poids du PSE (159) diminue d'environ un quart. Celui des Verts augmente sensiblement (51). Les eurosceptiques, europhobes et autres xénophobes ont augmenté le nombre de leurs députés européens mais leurs influences sur les décisions du parlement resteront autant hétéroclites et aussi insignifiantes que précédemment.

5. Dans un scrutin à un tour qui privilégie toujours les petits partis, il est intéressant de constater que ni le FN, ni le MoDem, ni le NPA, ni, non plus, le Front de Gauche, n'en ont profité. Dégonflés, MoDem et NPA ont même perdu leur éventuels statuts d'épouvantails ou de miroirs aux alouettes pour le PS. Qu'en sera-t-il demain, sinon après-demain, de la coalition Europe Écologie ?

6. Le consortium UMP se réjouit de son score, loin devant le PS, mais, qu'on pondère ou pas son résultat à l'aune de l'abstention, il est d'autant moins brillant que le total des voix de la droite de gouvernement est nettement inférieur à celui de la gauche de gouvernement. Oui, la gauche de gouvernement s'avère globalement majoritaire en France. Dispersée à l'évidence dans les urnes, elle est cependant relativement homogène idéologiquement...

7. Quelques politologues, férus d'histoire, avaient prédit, à qui voulait bien les entendre, qu'en période de crise économique grave, le peuple a souvent tendance à donner majoritairement une prime au discours autoritaire. Cela a bien été le cas. Reconnaissons également que la crise écologique, plus profonde encore, n'aura pas échappé à des électeurs que l'excès d'autorité indispose à juste titre.

8. Comme toujours, tel ou tel événement survenu à la veille d'un scrutin, a pu prédéterminer les votes dans une société fortement médiatisée, une société du spectacle dirait quelqu'un : un américain à Paris, par exemple ; un certain film vu par des millions de téléspectateurs et d'internautes ; un Airbus, fleuron de l'industrie européenne, qui s'abîme en mer ; les turqueries d'un président de la république ; un clip de propagande maquillé en message civique ; une mobilisation sociale unitaire moins réussie ; peut-être même un couteau dans la main d'un collégien égaré... Les médias de masse jouent désormais un rôle considérable dans la vie publique et leurs inévitables subjectivités, au bénéfice du pouvoir en place, obligent les militants de l'opposition à s'investir d'autant plus énergiquement sur le terrain, durant les campagnes électorales.

9. Observateurs ou contradicteurs font grief aux Socialistes de ne pas avoir amené le débat sur le terrain de l'Europe ou d'avoir sous-estimé l'exigence écologique. Tous ceux qui ont pris soin de s'approprier et de colporter le manifeste du PSE, programme commun des partis socialistes des 27 pays de l'Union pour ces élections européennes, ne peuvent s'empêcher de sourire. Amèrement, bien sûr.

10. Mais, à qui reproche aux Socialistes européens qu'ils auraient dû avancer un leader à même de candidater au poste occupé par le sortant et très libéral Barroso, il convient de répondre qu'il n'a pas tort !

Depuis le soir du 7 juin, on répète à l'envi que les partis politiques sont mortels. Ainsi en serait-il du parti socialiste français, né en 1905. Mortel, assurément. Mortel, donc vivant. Vivant, donc le coeur battant. Et il en faudra, du coeur à l'ouvrage, pour repartir à la bataille électorale et à la conquête des électeurs. Celles et ceux qui, refusant de se contenter des commentaires qui en ont été faits par les uns et les autres, ont écouté ou lu le discours de la Première secrétaire des Socialistes français devant le conseil national de leur parti, savent déjà que la volonté est là et ne demande qu'à être partagée par tous les militants, par tous les élus, par tous les dirigeants du PS. Collectivement, courageusement, solidairement et, surtout, lucidement.



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