Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Observateur, acteur et pédagogue de la vie politique, Patrick Palisson est, depuis longtemps, un citoyen engagé. Notamment dans la défense et la promotion de l'école de la république, des droits de l'enfant et de l'égalité entre les femmes et les hommes. Il est membre du Parti socialiste français et du Parti socialiste européen.

Publicité

La culture n'a pas de prix.

 

image 69371909

 

Comme est sensé l'être, selon la Constitution de notre pays, l'accès à l'éducation, devrait être gratuit et pour les mêmes raisons, l'accès à la culture. Formation et action culturelle permettent pareillement et complémentairement l'émancipation des individus, par l'acquis de connaissances, la compréhension du monde, l'exercice de la raison, la capacité d'imagination, de réflexion, d'intuition, d'expression, de contestation, de débat.

 

La culture gratuite c'est déjà le cas, en maintes occasions : Des bibliothèques publiques, des cyberbases reçoivent gratuitement leurs usagers, dans bien des communes. La plupart des musées accueillent, une fois par mois, leurs visiteurs sans les faire payer. De plus en plus de collectivités locales ou d'établissement subventionnés prennent l'initiative d'organiser, avec une entrée libre, des manifestations culturelles de qualité professionnelle dans des domaines très variés, et pas seulement sur les sites touristiques de l'été, pas seulement dans les territoires éloignés des pôles urbains, pas seulement dans les quartiers populaires. La plupart des monuments peuvent être admirés sans faire d'autre effort que de s'en approcher et de prendre le temps de les contempler. Et sur les écrans des espaces publics numériques, sont accessibles, sans frais, d'excellents sites web culturels, le plus souvent publiés par de grandes institutions du monde entier. Rappelons enfin que pour écouter la chaîne publique France Culture, point n'est besoin de payer de redevance audiovisuelle et que passer sur Arte, quand on est en train de regarder TF1, M6 ou France 2, ne coûte aucun supplément.

 

Bien sûr, il ne s'agit pas de rendre gratuits les produits les plus marchandisés des industries culturelles. Tous les livres, tous les disques, tous les films, toutes les revues ne méritent pas de se retrouver sur les rayons des médiathèques publiques municipales, loin s'en faut, et le rôle de leurs conservateurs est primordial dans l'acquisition et la promotion des ouvrages dont ils ont la responsabilité pour garantir à leurs publics la diversité comme la qualité de l'offre. Les spectacles du show-business s'adressent à des consommateurs maîtres de leurs choix et non pas à des usagers de services culturels. Bien des galeries d'art sont d'abord des magasins de vente s'adressant à des collectionneurs spéculateurs. L'enveloppe luxueuse d'un texte imprimé ou d'un fichier numérique n'est pas indispensable pour apprécier l'oeuvre elle-même à sa juste valeur. Et posséder chez soi le livre ou le tableau n'est pas non plus nécessaire pour cela, si peu qu'on puisse emprunter le premier et aller voir le second.

 

Mais le patrimoine et la production artistiques et scientifiques, que des médiateurs qualifiés et habilités proposent dans les musées et les salles publiques (d'expositions, de conférences, de lecture, de concerts, de spectacles vivants ou enregistrés), devraient être d'un accès libre pour qu'il soit permis à tout un chacun. On sait bien que la billetterie de tels équipements ne représente aujourd'hui qu'une faible partie du coût total de leur fonctionnement, le reste étant assumé par le contribuable qu'il soit communal, départemental, régional, national, voire parfois européen. L'effort supplémentaire qui lui serait demandé pour supprimer les tickets d'entrée serait somme toute très modeste et, par principe, pondéré en fonction de ses revenus.

 

Et la gratuité ainsi généralisée dans ces pratiques culturelles ne les dévaloriserait pas pour autant, sauf à penser que l'école de la République ne vaut rien parce qu'elle n'est pas payante, que les trottoirs n'ont aucun intérêt parce qu'ils sont dépourvus de péage ou que l'air qu'on respire ne doit pas être respecté parce qu'il n'est soumis à aucun abonnement. Gageons que la qualité des oeuvres culturelles, de leur présentation et, plus encore, de leur médiation sont les meilleurs garants de leur légitimité, bien davantage que la facturation de leur contact. La satisfaction d'une rencontre réussie avec l'ouvrage d'un artiste, d'un scientifique, d'un auteur ou d'un interprète n'a pas de prix. Les oeuvres constituent un bien commun de l'humanité dont personne n'est propriétaire mais dont chacun a l'usufruit. Et dont la collectivité publique a logiquement la mission d'assurer la préservation et la diffusion dans la population.

 

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :